Je marche dans une ruelle sombre. Je viens seulement de sortir du bus, il est tard, un peu trop tard. Il me reste quelques mètres à franchir avant d'arriver devant la porte de mon appartement. Il fait nuit noire, les lampadaires éclairent à peine cette route, que je commence à connaître par c½ur. L'air est doux, j'aime son odeur. Parfois, je me retourne, de peur que quelqu'un me suive. Je me sens bien, tellement bien. Il me reste un champ à traverser, et je serai chez moi. Je n'ai pas envie de rentrer, je ne veux pas que cette si belle nuit se termine. Ce serait trop dommage, un pur gâchis. Les lampadaires sont désormais loin, je ne vois plus rien, mes yeux s'habituent à l'obscurité. Je pourrais me servir de mon téléphone pour éclairer mes pas, mais je n'en fais rien. Pourquoi gâcherais-je un si joli moment ? Je suis seule, absolument seule. Je sens le vent sur mes jambes nues. Je ris. A ce moment-là, j'ai l'impression, que dans ce champ, tout peux m'arriver, les pires comme les meilleures choses. Pourtant, je me sens invincible, je suis invincible. Sous mes pieds, les branches craquent. Mes cheveux sont emportés par la brise légère typique d'une soirée d'été. Je prends une grande aspiration, je souris, et me décide à avancer. Ici, à cette heure, tout a l'air mort. Je suis la seule à vivre. Au loin, une musique résonne, je m'arrête. Je m'allonge, je réfléchis. Elle doit m'attendre, inquiète, terrifiée. Qu'est ce que ça peut faire, au fond ? J'allume une cigarette, ma dernière. Je râle, il va falloir que je trouve 5¤ avant demain pour m'acheter un paquet. C'est trop cher. Tout est devenu cher, de nos jours. Plus rien n'est gratuit, pas même la gentillesse. Le monde est devenu égoïste, tout comme moi. Je suis une égoïste, on me le dit souvent. Je ne pense qu'à moi, jamais aux autres. C'est sûrement vrai. Rien à foutre. Je finirais en enfer, si jamais il existe. Ma cigarette se consume, j'adore regarder la cendre arriver jusqu'à ma bouche. Le ciel est étoilé, ce soir. Des étoiles, j'en ai aussi dans les yeux. J'ai sûrement un peu trop bu. Quel euphémisme ! Plus tôt dans la soirée, rien ne pouvait m'arrêter, les verres se sont enchainés tellement vite. J'ai fini sur la piste, à danser comme une strip-teaseuse, devant un maximum de garçons, aussi beaux les uns que les autres. Ai-je été ridicule ? Non. Mon état était absolument acceptable comparé à celui de certaines jeunes, trop jeunes, filles présentent au là-bas. A sortir comme elles font, ces gamines gâchent leur enfance, leur préadolescence, si vous préférez. Quelle connerie ! Elles finiront par le regretter, un jour, si jamais, elles s'en rendent compte. Une gamine, j'en suis encore pour une certaine personne, elle m'attend, scotchée à la fenêtre, j'en suis sûre. Alors, allons-y, rentrons. Mettons un terme à cette nuit absolument merveilleuse, mais tellement banale. Je suis prête. Je jette mon mégot, attrape mes clefs et je pars, en direction de chez moi, en direction de nulle part.



